Le traité qui explique le Moyen-Orient d’aujourd’hui a été signé en France

Toute l'actu d'une région bouillonnante.
Avatar de l’utilisateur
AbdelHaqq
Messages : 1229
Enregistré le : Mer 28 Jan 2015 02:50

Le traité qui explique le Moyen-Orient d’aujourd’hui a été signé en France

Messagepar AbdelHaqq » Ven 8 Avr 2016 21:05

Image

Il y a quatre-vingt-dix ans, l’Europe partagea l’Empire ottoman en vertu d’un traité signé à Sèvres, qui ne dura qu’un an, mais dont les répercussions sont toujours d’actualité.

Le 10 août 1920, des diplomates européens se réunissaient dans la manufacture de porcelaine de Sèvres, banlieue parisienne. Ils signèrent un traité visant à recréer le Moyen-Orient à partir des ruines de l’Empire ottoman. Ce projet fit si vite long feu qu’on s’en souvient à peine, mais l’éphémère traité de Sèvres, au même titre que les accords Sykes-Picot, qui font couler tant d’encre, ont des conséquences encore visibles, qu’il est intéressant d’évoquer à l’occasion du discret anniversaire de ce traité tombé aux oubliettes.
En 1915, alors que l’armée de Grande-Bretagne s’apprêtait à marcher sur Istanbul via la péninsule de Gallipoli, Londres faisait imprimer des mouchoirs en soie annonçant la fin de l’Empire ottoman. C’était un peu prématuré (la bataille de Gallipoli s’avéra être l’une des rares victoires des Ottomans au cours de la Première Guerre mondiale). Mais, en 1920, la confiance des Britanniques semblait justifiée: les Alliés occupèrent la capitale ottomane, de sorte que des représentants des puissances victorieuses signèrent, avec le gouvernement ottoman vaincu, un traité répartissant les territoires impériaux parmi les sphères d’influence européennes. Le traité de Sèvres fit d’Istanbul et du Bosphore des territoires internationaux, tandis que Grecs, Kurdes, Arméniens, Français, Britanniques et Italiens se virent attribuer des morceaux de l’Anatolie.
Les tenants et les aboutissants de l’échec du premier projet européen de partage du Moyen-Orient apportent un meilleur éclairage sur les frontières actuelles de la région ainsi que sur les contradictions du nationalisme kurde contemporain, et les enjeux politiques auxquels est confrontée la Turquie moderne.
Héritage
Un an après la signature du traité de Sèvres, les puissances européennes commençaient à se dire qu’elles avaient eu les yeux plus gros que le ventre. Déterminés à résister à l’occupation étrangère, des militaires à l’image de Mustafa Kemal Ataturk remettaient sur pied ce qui restait de l’armée ottomane et, au bout de plusieurs années de combat acharné, ils parvenaient à mettre en déroute les armées étrangères qui voulaient faire respecter les conditions du traité. Ils avaient ainsi formé le territoire de la Turquie telle que nous le connaissons aujourd’hui, dont les nouvelles frontières furent officiellement établies en 1923 par le traité de Lausanne.

En Occident, on a pratiquement oublié l’épisode de Sèvres, mais il a laissé une très forte empreinte en Turquie, favorisant une forme de paranoïa nationaliste que certains intellectuels ont appelée le «Syndrôme de Sèvres». C’est évident, Sèvres n’est pas étranger à la susceptibilité de la Turquie à propos du séparatisme kurde, ni à la croyance selon laquelle le génocide arménien –largement invoqué par les diplomates européens pour justifier leurs plans concernant l’Anatolie en 1920– a toujours été une conspiration antiturque et non pas un fait historique. En outre, la lutte fondatrice de la Turquie contre l’occupation coloniale a laissé des stigmates sous la forme persistante d’un nationalisme anti-impérialiste, d’abord dirigé contre la Grande-Bretagne, puis contre la Russie pendant la Guerre froide et, à présent, assez souvent, contre les États-Unis.

Par Nick Danforth: Slate



Retourner vers « Proche et Moyen Orient »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité